Frère André: le fils de menuisier devenu saint

Au Québec, la religion a toujours été intimement liée à l’histoire de la Belle Province. Les premiers colons arrivés de France étaient bien entendus catholiques. Au cours du 19ème siècle, l’Église occupait ainsi un rôle central dans la culture et la politique de la colonie. Par opposition aux anglophones, le nationalisme Canadien-français devint très attaché au catholicisme. Durant cette période, l’Église dans la région fut l’une des plus réactionnaires au monde. Sous ce mouvement connu sous le nom d’ultramontanisme, l’Église adopta des positions condamnant toutes formes de libéralisme, poussant mêmes les papes très conservateurs de l’époque à lui reprocher son extrémisme.

Jusqu’à la moitié du 20ème siècle, le Québec était toujours l’une des régions les plus catholiques du monde. Le taux de fréquentation de la messe demeurait extrêmement élevé et le système d’éducation était contrôlé en grande partie par l’Église. Mais avec la Révolution tranquille des années 60, la situation changea radicalement. La majorité francophone se mit à délaisser les offices. Les hôpitaux et les écoles, tenus par les communautés religieuses, furent transformés et le personnel de direction devint de plus en plus laïque. L’influence de l’Église catholique dans la vie des familles s’estompa. Le nombre d’enfants par famille diminua, les divorces augmentèrent et la révolution sexuelle fit son chemin. Résultat, cinquante après, près de 85 % des Québécois revendiquent leur appartenance au catholicisme mais très peu sont pratiquants.

Mais après avoir abandonné petit à petit sa foi, le Québec renoue aujourd’hui avec ses croyances. Un peu partout dans la ville de Montréal, c’est en effet le visage d’un religieux qui décore les abribus. Pas n’importe lequel, celui d’Alfred Bessette, dit le Frère André, qui va être canonisé ce dimanche par le Vatican. « Le plus humble des hommes a gravi la plus haute des marches » affirme l’affiche où trône une photo du futur saint. Il faut dire que cet homme de condition très modeste a eu une destinée hors du commun. Né en 1845 à Mont-Saint-Grégoire, il est le huitième enfant du menuisier du village. Il a dix ans lorsque son père meurt dans un accident et deux ans plus tard sa mère décède. Après un voyage aux Etats-Unis pour trouver du travail, il revient à Montréal à l’âge de 25 ans. Analphabète et sans aucune éducation, il occupe alors le poste de portier du collège Notre-Dame.

C’est le curé de la paroisse qui ayant remarqué sa grande piété l’intègre aux frères de Sainte-Croix. Alfred Bessette devient ainsi le frère André. Le religieux va se mettre à recommander des milliers de malades et d’infirmes à la dévotion de Saint-Joseph, qui à leur tour, proclameront leur guérison grâce à cette intervention. Lui même affligé de diverses maladies, il conseille à ses disciples d’accepter leur souffrance plutôt que de chercher la guérison. La réputation du Frère commence à s’étendre au-delà des frontières et c’est par milliers que les fidèles se rendent en pèlerinage au modeste oratoire construit sur le Mont-Royal.

Sa célébrité devient telle que la construction d’une basilique est entreprise dans les années 20. L’établissement ne sera achevé que 30 ans plus tard et deviendra l’une des plus grandes églises du monde (après la Basilique Saint-Pierre de Rome). Frère André ne verra jamais la réalisation de cette œuvre. Il meurt en 1937, treize ans après le début de la construction de l’Oratoire St-Joseph. Un million de personnes vont assister à ses funérailles, ce qui représente un tiers de la population du Québec de l’époque.

Le long processus menant à la canonisation du Frère André débute peu de temps après sa mort, plus précisément en 1940 lorsque Monseigneur Joseph Charbonneau, archevêque de Montréal, constitue un tribunal ecclésiastique pour étudier cette cause. Il est déclaré vénérable en 1978, béatifié en 1982 et finalement canonisé en 2010. Plus de 1500 Québécois sont attendus à Rome pour la cérémonie. Après Marguerite D’Youville, en 1990, Frère André est le deuxième Québécois né au Québec à être canonisé.

A propos Stéphanie Trouillard

Globe-trotteuse, journaliste, photographe et amoureuse du monde, je mène ma vie à la manière d'Henri Cartier-Bresson. Il n'a pas voyagé, il a juste vécu à l'étranger sans se demander quand il rentrerait. Après un an à Stockholm en Suède, puis deux ans à Tanger au Maroc, mes pas me guident aujourd'hui vers le Québec et Montréal. En photos ou en quelques mots, voici mes impressions et mon regard sur cette ville.
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5 commentaires pour Frère André: le fils de menuisier devenu saint

  1. Ping : Dimanche, jour du Seigneur… (sic) « David Painchaud

  2. Bonjour Stéphanie!

    Je suis tombé sur ton blog par hasard (via WordPress.com). J’ai beaucoup aimé ton post à propos du Frère André! J’ai d’ailleurs mis le lien sur mon site et je te « suis » maintenant sur WordPress!🙂

    David.

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