Comment j’ai fait dédicacer un livre par le plus grand écrivain québécois

Avant de partir à Montréal, je dois l’avouer, je n’avais jamais ouvert un seul livre québécois. Quelques semaines avant mon voyage, je me suis donc penchée sur cette question littéraire. En feuilletant les guides consacrés à la Belle Province, j’ai pu ainsi constater qu’un nom d’auteur était sans cesse cité, celui de Michel Tremblay. Il faut dire qu’avec 20 pièces, 3 comédies musicales, 9 romans, 7 scénarios de film, 14 traductions, environ 15 chansons et un livret d’opéra, ce Montréalais pure souche est l’un des piliers du monde des lettres québécois.

Mais Michel Tremblay n’est pas seulement un écrivain à succès, il est surtout celui qui a réussi à introduire le dialecte locale, « le joual », dans la littérature. L’un de ses premiers titres, la pièce Les Belles sœurs, qu’il a créée en 1968 à l’âge de 25 ans, est entièrement écrite en français québécois. Elle raconte la vie de quinze femmes dans un quartier populaire de Montréal: « Quand t’arrive à quarante ans pis que tu t’aparçois que t’as rien en arrière de toé, pis que t’as rien en avant de toé, ça te donne envie de tout crisser là, pis de toute recommencer en neuf ! Mais les femmes, y peuvent pas faire ça… Les femmes, sont poignées à’gorge, pis y vont rester de même jusqu’au boute ! ». Un langage cru bien loin des conventions élitistes du théâtre et qui a entraîné de vives protestations à l’époque. Mais le mouvement était lancé et Michel Tremblay a pu profiter des changements sociaux de la Révolution Tranquille, qui touchait alors le Québec, pour développer cette nouvelle dramaturgie.

Dans les années 70, sa carrière prendra ainsi encore plus d’ampleur avec la publication des Chroniques du Plateau Mont-Royal . Une série de six romans qui poursuit sa description de ce quartier de Montréal qui était alors celui de la classe ouvrière. Par coïncidence, c’est justement là où j’habite depuis mon arrivée. La population qui y vit a bien changé, on la considère désormais comme « bobo », mais j’ai pu quand même retrouver dans le premier livre de cette saga, La grosse femme d’à côté est enceinte, les noms de rue, les parcs, les boutiques, les écureuils et surtout la gouaille de ses habitants.

La semaine dernière avait lieu la 33ème édition du Salon du livre de Montréal, le plus important rassemblement de ce genre en Amérique du Nord. Grand habitué des séances de dédicaces, Michel Tremblay était bien entendu présent. L’occasion pour moi de lui faire signer le deuxième tome des Chroniques intitulé Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges. Après plusieurs heures de rencontres avec ses lecteurs, l’écrivain a sobrement écrit sur mon exemplaire: « Bonne lecture! ». Deux mots un peu modestes face à l’importance de son œuvre. Bien plus qu’une simple lecture, ses romans sont une plongée dans le Montréal d’autrefois, une porte d’entrée pour mieux comprendre la ville et les personnages qui la peuplent.

A propos Stéphanie Trouillard

Globe-trotteuse, journaliste, photographe et amoureuse du monde, je mène ma vie à la manière d'Henri Cartier-Bresson. Il n'a pas voyagé, il a juste vécu à l'étranger sans se demander quand il rentrerait. Après un an à Stockholm en Suède, puis deux ans à Tanger au Maroc, mes pas me guident aujourd'hui vers le Québec et Montréal. En photos ou en quelques mots, voici mes impressions et mon regard sur cette ville.
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3 commentaires pour Comment j’ai fait dédicacer un livre par le plus grand écrivain québécois

  1. Elodie dit :

    en fait depuis que tu es à Montréal tu passes ton temps à rencontrer des stars…

  2. Ils sont beaucoup plus accessibles qu’en France, c’est clair!

  3. Ping : Neige dans le parc La Fontaine | Canada Eye

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