Les lettres arabes: Mouloud et Rachid en Amérique

Crédit photo : Romain Fabre

Putain! Ta mère! Enculé! Des mots qui sont rarement prononcés dans un théâtre. Casquette sur la tête et jogging old school pour costume, Mouloud et Rachid débarquent en s’insultant sur la scène de l’Espace Libre de Montréal. Deux personnages de banlieues, deux beurs de Sarcelles, deux potes qui rêvent de quitter les murs de béton de la cité. Dans un débit de paroles ultrasonique, ils déversent leurs galères: leurs embrouilles avec leurs parents, la dernière émeute dans la cité ou encore leurs bulletins scolaires catastrophiques. Pourquoi rester? Pourquoi ne pas partir vers le pays où tout est possible: l’Amérique!

Interprétés par les comédiens de la compagnie Trois Tristes Tigres, Geoffrey Gaquère et Olivier Kemeid, nos deux compères se dirigent vers l’océan en mobylette. Un road movie à la française dans la campagne normande. Naïfs et pas vraiment débrouillards, ils finissent quand même par embarquer par le plus grand des hasards sur un navire. Quelques milles marins plus loin, ils se retrouvent sur une terre inconnue. Persuadés d’être arrivé à New York, Mouloud et Rachid sont en fait chez les Québécois…

Mordants et naturels, les deux bouffons s’étonnent du mode de vie de leurs cousins d’Amérique. La célèbre poutine, le bixi montréalais (le vélib), les tatouages très prisés dans la Belle Province ou encore les accommodements raisonnables, tout passe sous le feu de leurs critiques. Avec leur franc-parler les deux frenchies se permettent de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Poursuivis par un chasseur canadien à veste de bûcheron coiffé d’une capuche du Ku Klux Klan, les deux Arabes ne sont pas les bienvenus. Drôles et impertinents, ils font rire et posent des questions sans choquer. Leur épopée, inspirée des Lettres persanes de Montesquieu, les entraîne même jusqu’au camp de Guantanamo. Une farce sans concession sur notre société moderne et sur l’actualité très mouvementée. Des personnages de banlieues toujours absents des théâtres mais qui ont enfin une tribune.

Crédit photo : Romain Fabre

A propos Stéphanie Trouillard

Globe-trotteuse, journaliste, photographe et amoureuse du monde, je mène ma vie à la manière d'Henri Cartier-Bresson. Il n'a pas voyagé, il a juste vécu à l'étranger sans se demander quand il rentrerait. Après un an à Stockholm en Suède, puis deux ans à Tanger au Maroc, mes pas me guident aujourd'hui vers le Québec et Montréal. En photos ou en quelques mots, voici mes impressions et mon regard sur cette ville.
Cet article, publié dans Humour, Montréal, Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s