Ma rencontre avec Hindi Zahra: : « Je ne suis pas qu’une nationalité ! »

Récompensée cette année d’une Victoire de la musique et du Prix Constantin pour son premier album Handmade, Hindi Zahra vient de terminer une tournée américaine, avec un passage au Québec. La jeune femme aux origines berbères distille son folk/jazz sur les scènes du monde entier. Un road-trip permanent pour cette artiste sans frontières.

La fine silhouette d’Hindi ou de Zahra, comme l’appellent ses musiciens, se perd dans les minuscules couloirs du Théâtre Corona de Montréal. La chanteuse vient tout juste de finir ses répétitions et elle cherche désespérément un endroit pour s’en griller une. À l’extérieur, près de l’issue de secours, elle décide de braver le froid qui commence à frapper le Québec. Assise sur le trottoir, elle profite de ces quelques minutes de pause dans sa journée marathon. Arrivée l’après-midi même de Toronto, son tour bus a été retardé par une panne de GPS. Des cernes sous les yeux et sans maquillage, elle accuse la fatigue. « Quand on est en tournée, cela demande une telle énergie… Et dire que nos parents pensaient que c’était de la glande de faire de la musique. C’est vraiment le total inverse ! », raconte-t-elle tout en tirant sur sa cigarette.

Il y a encore deux jours, l’artiste était en spectacle à Recife au Brésil. De la route, des avions, des banquettes d’aéroport, des postes de douane, Hindi enchaîne les kilomètres depuis trois semaines : « C’est lourd. Tu as le matos et extrêmement de choses à faire. Tu ne dors pas et tu attends. Tu es souvent en position assise. Il y a quand même 50 % du temps que tu passes sans faire de musique. » Malgré les aléas de la tournée, la jeune femme originaire de Khouribga au Maroc, gardera longtemps en tête son voyage brésilien : « C’était hallucinant, les gens connaissaient les chansons par cœur alors que le disque n’est pas sorti là-bas. C’est vraiment cool, ils sont chauds. Ils chantent tout. Ils sont passionnés!»

« Où sont les Indiens ? »

Au cours de son périple américain, la chanteuse et guitariste de 32 ans a posé son ampli dans une quinzaine de villes : Sao Paulo, Los Angeles, Portland, Chicago ou encore sur la scène du célèbre festival CMJ de New York. Déjà auréolé du dernier Prix Constantin et d’un trophée au Victoires de la musique 2011, son premier disque, Handmade, vient tout juste de sortir aux États-Unis. Outre-Atlantique, les critiques sur sa musique folk/jazz teintée de sonorités orientales sont toutes aussi élogieuses qu’en Europe. Le site du Wall Street Journal lui a consacré une interview vidéo, Time Out Chicago la surnomme déjà la Billie Holiday berbère, tandis que le San Francisco Examiner la compare à Norah Jones.

Même si cette étape américaine est un passage obligé dans toute carrière internationale qui se respecte, Hindi n’en avait pas fait un objectif : « Franchement, je crois que je n’avais jamais pensé tourner aux États-Unis, mais c’est cool. Je fais depuis longtemps de l’étranger. Au Maroc, cela m’a fait un choc d’y aller, tout comme en Turquie, en Russie ou au Japon. »

La révélation de l’année 2010 refuse d’être fascinée par l’eldorado américain : « Ce qui change pour nous, ce sont les paysages et la culture. Mais au niveau des concerts, c’est comme partout. C’est une terre immense, mais comme les autres. Il y a de la misère, du savoir-vivre mais aussi de la destruction. Il y a des absurdités et de la folie. » Tout en allumant sa seconde cigarette avec sa main couverte d’énormes bagues en argent, elle avoue toutefois qu’elle avait quelques clichés en tête avant de partir. « Quand je suis arrivée, je me suis demandée : où sont les Indiens, où sont les Indiens, où sont les Indiens ? Il n’y en a pas, ça c’est sûr », explique-t-elle avec un sourire malicieux.

De toute façon, avec son planning surchargé, Hindi n’a pas vraiment eu le temps de faire du tourisme : « À San Francisco, je n’ai même pas pu visiter. On est arrivé, on a garé le bus et on est monté sur scène. Mais en rencontrant les gens après le concert, j’ai senti quand même l’énergie de cette ville. » Devant un tout nouveau public, la chanteuse en a en tout cas profité pour tester des titres inédits : « Depuis qu’on est aux États-Unis, il y a plein de morceaux qui ressortent de derrière les fagots, que je n’osais peut-être pas jouer. Bizarrement, le fait d’être dans un pays anglophone, me donne plus de liberté pour chanter ces nouveaux morceaux. »

Une musique populaire

Son second album n’est cependant pas encore en vue. Globetrotteuse de la musique, Hindi a encore de nombreuses valises à faire et à défaire. La Turquie, Israël, la Bulgarie, la Pologne, le Portugal et peut-être même l’Australie sont au programme des prochains mois. Une vie entre deux pays qui lui convient parfaitement. Née au Maroc en 1979, puis immigrée en France au début des années 90, elle se veut une femme du monde. « Quand un Marocain monte sur scène avec un drapeau pendant un concert, ça me les casse. Je n’ai pas envie. Je ne suis pas qu’une nationalité, ça me saoule », assume-t-elle avec ce ton cash qui la caractérise.

Petite, elle baignait déjà dans un univers artistique sans frontières : « J’écoutais de tout. Ce qui est incroyable au Maroc, c’est que tu peux entendre toutes les musiques du monde : indienne avec Bollywood, américaine avec Hollywood, du jazz à la country. Tu as aussi la musique méditerranéenne, du Sahara, africaine, mandingue, andalouse, égyptienne ou classique orientale. » Elle se souvient des samedis soirs passés devant le petit écran à regarder les chanteurs du pays dans une émission de la chaîne nationale : « Il y avait tous les styles marocains. Ils invitaient beaucoup de musiciens différents. Mais, je ne suis pas forcément que dans la tradition. Il y a de belles choses aussi dans la musique contemporaine. »

Ces multiples influences ont façonné ses titres envoûtants et souvent mélancoliques qu’elle adresse à la terre entière : « Je fais de la musique pour tous, pas pour un certain public, ni pour un certain âge. Quand je suis contente, c’est quand je vois en concert qu’il y a un mélange de gens et de générations. »

Même si ces nombreuses récompenses, l’ont fait entrer dans le mainstream français, elle refuse de se plier aux tendances. Souvent catégorisée Musique du monde, Hindi se fout pas mal des étiquettes et de la culture élitiste. « Je n’aime pas la musique trop intello où tu demandes aux gens de réfléchir sur je ne sais quoi. Je lutte contre la musique trop soupe, je te balance deux notes sans sens, où il n’y a pas d’énergie, ni de beauté. La musique populaire, elle est noble, car elle généreuse. Pour moi la musique, c’est le corps qui la sent d’abord, ce n’est pas le cerveau », déclare-t-elle avec passion, tout en bougeant ses longs cheveux noirs. Essoufflée, la chanteuse se rend alors compte qu’il faut qu’elle garde encore un peu d’énergie pour le concert du soir. « On va arrêter de s’énerver là, j’ai mal au crâne », lâche-t-elle en rigolant.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

A propos Stéphanie Trouillard

Globe-trotteuse, journaliste, photographe et amoureuse du monde, je mène ma vie à la manière d'Henri Cartier-Bresson. Il n'a pas voyagé, il a juste vécu à l'étranger sans se demander quand il rentrerait. Après un an à Stockholm en Suède, puis deux ans à Tanger au Maroc, mes pas me guident aujourd'hui vers le Québec et Montréal. En photos ou en quelques mots, voici mes impressions et mon regard sur cette ville.
Cet article, publié dans Montréal, Musique, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Ma rencontre avec Hindi Zahra: : « Je ne suis pas qu’une nationalité ! »

  1. José Bellanger dit :

    Bonjour Stéphanie, on a placoté un peu sur le bord du « stage ». J’aime ton article et tes photos.
    Au plaisir de se jaser!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s